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Peut-on avoir un octodon solitaire ?

L’Octodon degus est un rongeur avec un mode de vie grégaire, constitué de clans, qui vivent parfois proches des uns et des autres. On peut retrouver dans ces clans un nombre d’animaux variable, allant jusqu’à 4 à 6 femelles et 1 à 2 mâles dans les plus grands groupes. Lorsqu’un terrier est surpeuplé, l’octodon « migre » vers un autre territoire, essayant de s’intégrer dans une nouvelle demeure, permettant ainsi de brasser génétiquement la population. La plupart des clans sont constitués d’octodons qui n’ont pas de lien de parenté. De manière générale, les octodons ont tendance à changer régulièrement de terrier.

On remarque donc une migration régulière et assez importante de l’octodon, qui se traduit par sa propagation dans l’environnement, mais également un changement régulier de partenaires de vie. Or, tout ceci est impossible en captivité, car cela serait trop complexe et prendrait beaucoup (trop) de place pour essayer de le reproduire.

À cela s’ajoutent les nombreuses spécificités de l’octodon, qui a un comportement social complexe et de nombreux moyens de communication. Tout cela pose une question pour sa détention en captivité. Est-ce qu’un octodon est capable de vivre seul dans de bonnes conditions ?

Portrait d’un octodon au pelage sable, avec une marque blanche sur le visage.

Cet article s’appuie en partie sur l’expérience prolongée de l’auteur et sur des échanges avec d’autres propriétaires. Ces observations peuvent éclairer certaines situations individuelles, sans remplacer les données scientifiques ni faire de la solitude un mode de vie normal pour cette espèce sociale. L’isolement a bien été étudié chez l’octodon.

La solitude chez l'octodon

Pour tout de suite répondre à la question, oui un octodon peut vivre seul... Oui et non. Comme dans toute situation, cela dépend. Certains octodons peuvent vivre seuls, alors que d'autres ne le supporteront absolument pas. D'autres enfin, préfèreront voir et sentir des congénères, tant que ces derniers ne mettent pas une vibrisse dans leur territoire. Enfin, cela peut fluctuer au cours de la vie de l'octodon, qui peut accepter mieux la solitude à un certain âge puis avoir besoin d'un compagnon à un autre moment de sa vie.

Il n'y a pas de règles fixes à ce sujet, mais plutôt des points de vue, et une adaptation du propriétaire qui n'est possible qu'avec une bonne connaissance de son octodon (caractère, histoire, ...) et des besoins de l'espèce.

Il convient donc d'être très prudent face aux injonctions et aux conseils malavisés concernant les octodons solitaires. C'est avant tout au propriétaire de choisir sur la base du comportement de son compagnon. La plupart des propriétaires souhaitent faire au mieux et la perte d'un animal ou l'inquiétude de bien faire peuvent être très stressantes et apporter une charge mentale importante au quotidien. Une étude a comparé des femelles d’âge moyen hébergées seules ou par trois pendant cinq mois. Elle ne trouvait pas de différence significative pour le test d’anxiété et le cortisol mesurés, mais relevait des effets sur l’apprentissage spatial et la rétention en mémoire. Ces mesures limitées, dans cette population précise, ne démontrent ni une absence générale de stress ni l’innocuité de la solitude pour tous les octodons. La compagnie de congénères compatibles reste normalement l’objectif ; âge, maladie et antécédents doivent guider les adaptations individuelles avec un vétérinaire compétent.

Un octodon passe la tête par l’ouverture d’un abri en bois.
Octodons degus - Photo par Déborah C.

Le deuil

Bien souvent, la question de la solitude de l'octodon se pose lors de la perte d'un ou des congénères de ce dernier. Ces derniers sont alors endeuillés et perturbés dans leurs habitudes et l'on peut observer des changements de comportement. Mais ce changement n'est pas forcément le signe que l'octodon ne peut vivre seul ; il peut être lié au manque d'un compagnon particulier. Ainsi, ce n'est pas en "remplaçant" l'octodon perdu que l'on peut combler ce vide en introduisant directement un autre animal. En effet, c'est avant tout à la relation avec l'ancien compagnon, à sa personnalité et à son caractère qu'était attaché l'octodon devenu solitaire. Et cela ne peut être remplacé par un autre octodon, qui est inconnu et débarque dans son territoire. Ainsi, ajouter un nouvel octodon ne remplacera en rien la perte du compagnon et pourra être une source importante de stress, de tensions voire de bagarres. De plus, cela bouleversera encore plus l'environnement du dègue, et sera un changement radical.

Il est nécessaire, avant de penser à introduire un nouvel individu, de prendre le temps d'observer le comportement de son octodon. Et de considérer si le comportement s'améliore ou non. Une amélioration du comportement ne prouve pas, à elle seule, qu’une solitude permanente est préférable. Préparez une éventuelle introduction de façon progressive, sans précipiter une rencontre risquée ; une baisse d’appétit, une perte de poids ou un signe de maladie exige un avis vétérinaire rapide.

Essayer une introduction

Deux octodons, dont un panaché de blanc, blottis l’un contre l’autre.
Octodons degus en interaction sociale - Poivre & Sel - Photo par Déborah C.

Introduire à un octodon solitaire un ou plusieurs autres individus n'est pas sans conséquences (stress, bagarres) et doit être réfléchi en amont. Les octodons vivent naturellement en groupes de 4 à 6 individus en moyenne, mais en captivité, les paires sont plus courantes. Plusieurs animaux peuvent parfois cibler un congénère. Il faut alors évaluer les causes et protéger son bien-être, plutôt que de banaliser ces agressions comme un comportement de meute ou une étape inévitable de la hiérarchie. Les relations peuvent changer au cours de la maturation, sans qu’un âge permette de prédire la compatibilité.

Enfin, introduire un nouvel octodon pour éviter la solitude n'est pas toujours "bien". Selon l'âge ou les maladies, il est parfois mieux d'éviter un congénère plus en forme et bien plus actif dans la cage.

Cependant, l'introduction est un processus long (parfois plus d'un an) et stressant, qui nécessite de se poser de nombreuses questions : que faire si les octodons ne s'entendent pas ? Ai-je la place pour deux cages, et ce de façon permanente ? Il est donc important de prévoir un plan B au cas où.

Sources

Woods, C. A., & Boraker, D. K. (1975). Octodon degus. Mammalian Species, 67, 1–5. https://doi.org/10.2307/3503820

Ebensperger, L. A., et al. (2009). Instability Rules Social Groups in the Communal Breeder Rodent Octodon degus. Ethology, 115(6), 540–554. https://doi.org/10.1111/j.1439-0310.2009.01635.x

Popović, N., et al. (2023). Effects of long-term individual housing of middle-aged female Octodon degus on spatial learning and memory in the Barnes maze task. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 17, 1221090. https://doi.org/10.3389/fnbeh.2023.1221090

RSPCA (s. d.). Caring for pet degus. Conseils sur le comportement et la vie sociale. https://www.rspca.org.uk/en/adviceandwelfare/pets/rodents/degus/behaviour

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