En captivité, il est impossible de reproduire à l’identique les conditions du milieu naturel de l’espèce. Même avec des soins adéquats, une alimentation adaptée, l’octodon ne sera pas nécessairement dans un état de bien-être et pourra présenter des comportements à problèmes voire des stéréotypies. Chez les dègues, on retrouve énormément d’individus qui mordent les barreaux en boucle, se mutilent par l’arrachage de poils ou encore utilisent la roue de manière déraisonnée.
Alopécie ou perte de poils liée à un trouble du comportement. – Degoe-opvang Jodipro
Définitions des problèmes de comportement & stéréotypies de l’octodon
Les problèmes de comportement sont nombreux chez les animaux captifs et se distinguent en plusieurs catégories, que l’on peut diviser en 2 groupes : les stéréotypies et les comportements anormaux. Ces différents comportements peuvent même apparaître simultanément chez certains individus.
Les troubles du comportement
Le trouble du comportement est une manière d’agir ou de réagir anormale. On retrouve dans ces troubles l’agressivité, les troubles alimentaires, les troubles d’ordre social, etc… qui peuvent également toucher les octodons. On retrouve plusieurs sous-catégories aux troubles du comportement :
Les comportements anormaux : ensemble des comportements observés par l’humain et qui semblent anormaux par rapport aux observations faites sur des octodons à l’état naturel.
Les comportements répétitifs anormaux : comportements proches des stéréotypies, il s’agit d’un comportement répétitif ancré dans le temps, mais dont les causes biologiques sont inconnues.
Les troubles obsessionnels compulsifs : il s’agit d’un trouble anxieux qui peut se traduire par le besoin de réaliser des rituels ou actions répétitives. Il est souvent compliqué de faire la différence entre les comportements répétitifs et compulsifs sans l’avis d’un vétérinaire comportementaliste.
Les troubles cliniques liés à un problème de santé : certains troubles du comportement peuvent être liés à un problème de santé, notamment une gêne ou une douleur. Un octodon atteint de malocclusion dentaire peut ainsi s’automutiler sous l’effet de la douleur.
Les stéréotypies
La définition traditionnelle décrit les stéréotypies comme des comportements répétitifs, relativement invariants et sans fonction immédiate apparente. Les approches scientifiques et la terminologie varient ; une cause biologique connue n’est pas une condition universelle de diagnostic. Ces comportements sont induits par la frustration, une tentative pour l’animal de s’adapter à son environnement ou un problème cérébral. Les stéréotypies s’inscrivent dans le temps, elles sont exprimées parfois durant des années si aucun traitement n’est envisagé.
Une alimentation avec des plantes complètes est un bon enrichissement pour l’octodon.
Parmi les comportements répétitifs préoccupants rapportés chez l’octodon figurent l’automutilation avec perte de poils / la mutilation des congénères par excès de toilettage ou le mordillement incessant des barreaux, pouvant même provoquer des problèmes dentaires. Certaines activités répétitives peuvent être liées à des besoins contraints, sans qu’on puisse déduire leur cause de leur seule apparence. Par exemple, un animal qui arpente sa cage de long en large ou court sans arrêt dans sa roue essaie de trouver un moyen de répéter un besoin d’exploration de son environnement, souvent dans un but de recherche alimentaire. Mais comme ce comportement est contraint par les dimensions de la cage, il est répété sans arrêt.
Les termes « stéréotypie » et « comportement répétitif anormal » ne se distinguent donc pas universellement par la seule connaissance d’une cause biologique. Nous les abordons ici ensemble par commodité, sans attribuer le même mécanisme à tous les comportements. Les classifications humaines du TOC ne permettent pas de diagnostiquer un octodon ; une évaluation vétérinaire et comportementale peut être nécessaire.
Causes
De manière générale, les problèmes de comportement comme les stéréotypies apparaissent chez l'octodon pour de nombreuses causes. Une susceptibilité héritée ou l’histoire développementale peuvent être envisagées, mais l’étude citée sur les campagnols ne prouve ni une transmission génétique ni une imitation parentale de ces comportements chez les octodons. De même, il est possible qu'un animal ayant vécu un stress intense durant la grossesse présente des jeunes avec des troubles du comportement apparaissant alors très tôt.
La tolérance à la captivité
Marche répétitive ou "pacing" d'un rhinocéros blanc - Valence
Certaines espèces vivent dans des milieux où il y a très peu de fluctuations (comme le panda, comparaison illustrative qui n’établit pas un classement scientifique de tolérance à la captivité) alors que d'autres s'adaptent moins bien (comme les girafes) à cause du manque de variabilité dans les enclos. L'Octodon degus est un rongeur qui a tendance à changer périodiquement de territoire, à migrer de groupes sociaux et donc à avoir un environnement qui est modifié régulièrement. En captivité, il est important d'avoir un renouvellement de la cage pour permettre à l'octodon de découvrir à nouveau.
L'environnement captif
L'une des causes les plus probables au développement des stéréotypies chez les rongeurs est la frustration de ne pas pouvoir sortir de sa cage. Cela peut venir de la séparation avec la mère ou encore du fait que l'octodon comprend la différence entre une cage ouverte et fermée.
Les routines
Certaines activités anticipatoires peuvent augmenter autour de signaux annonçant les soins, sans que toute routine soit nocive. Un rythme jour-nuit régulier et des soins fiables restent importants. En effet, on peut remarquer des pics d'expression des problèmes comportementaux lorsque les propriétaires nourrissent leurs animaux. Ceci s'explique par la mise en place d'une certaine habitude, avec les mêmes gestes, les mêmes sons, les mêmes paroles qui augmentent la frustration chez les degus qui savent qu'ils vont recevoir leur alimentation.
Principaux troubles du comportement et stéréotypies de l'Octodon degus
En captivité, on peut observer différents types de comportements chez l'octodon qui sont apparentés à des stéréotypies. Ceux-ci sont problématiques s'ils ne sont pas pris en charge rapidement et peuvent devenir dangereux pour l'animal, voire embêtants pour le propriétaire.
Il existe de la littérature comportementale et vétérinaire sur l’octodon, mais les données détaillées sur chaque comportement répétitif restent limitées. Cependant, certains comportements stéréotypés sont très communs chez cette espèce. Les comportements décrits ici proviennent donc d'observations personnelles.
Mordillement des barreaux
Le mordillement des barreaux est une stéréotypie très répandue chez les rongeurs, notamment chez l'octodon. Ce problème de comportement peut avoir plusieurs causes : l'envie de sortir de la cage, une frustration créée par l'enfermement ou un stress intensif. Cela se traduit par le mordillement intensif des barreaux de la cage, parfois avec des mouvements latéraux ou, lorsque les barreaux sont assez fins, le mordillement de deux barreaux en même temps, relâchés rapidement. Ce comportement peut aussi s'observer avec des barreaux verticaux, l'octodon penche alors la tête de côté. En plus d'être très bruyante, cette stéréotypie peut mener à des problèmes dentaires, notamment en fragilisant les incisives.
Automutilation / Mutilation des partenaires
L'automutilation ou la mutilation des partenaires se traduit chez l'octodon par un arrachage des poils, souvent très localisé. Lors de l'automutilation, les pattes avant sont souvent dépilées, parfois l'octodon peut même s'arracher les poils des cuisses. Lorsque ce problème de comportement est reporté sur un partenaire, les zones dépilées se retrouvent sur la tête, autour des yeux et du museau, ainsi que sur le dos.
Perte de poils chez l'Octodon degus liée à un problème comportemental d'automutilation
Utilisation abusive de la roue
Certains octodons peuvent également montrer un usage abusif de la roue. Cette stéréotypie n'est pas encore très documentée et est mal connue, il est donc difficile de définir un seuil d'utilisation qui serait au-delà du temps d'utilisation classique de l'octodon. Cependant, la roue peut aussi être employée par certains octodons lorsqu'ils ont peur et essaient de s'échapper.
Creusage intensif
Ce problème de comportement, très connu chez les gerbilles, peut se retrouver plus rarement chez l'octodon. L'animal aura alors tendance à creuser en boucle, souvent au même endroit de sa cage.
Destruction intensive
L'octodon est connu pour être un rongeur destructeur, mais certains de ces comportements de destruction, comme l'annihilation totale d'un élément de la cage, ne suffisent pas à diagnostiquer une stéréotypie : ronger et détruire des objets peut être normal ; il faut considérer le contexte, la rigidité et les conséquences du comportement.
Traitements & solutions pour diminuer les problèmes de comportement de l'octodon
Il est possible d'améliorer le quotidien des octodons présentant des problèmes de comportement et de stéréotypies. Cela nécessite de déterminer la cause du comportement néfaste afin de pouvoir faire les changements appropriés. Les causes ne sont pas toujours faciles à identifier ; une amélioration du milieu peut aider sans garantir l’arrêt d’un comportement déjà installé. Recherchez d’abord une douleur ou une maladie avec le vétérinaire.
Un espace adapté
Cage trop petite pour le nombre d'octodons vivant dedans
Dans un premier temps et ce pour tous les types de problèmes comportementaux, il convient de se poser la question de l'espace donné aux octodons. L'Octodon degus est un animal semi-fouisseur, bien qu'il soit bon grimpeur, son environnement naturel reste le sol et il a donc besoin d'un espace suffisant pour courir et se déplacer. Les cages adaptées à l'octodon sont des cages d'au moins 1m de long, idéalement des cages pour furet ou de grandes volières, aménagées avec différents plateaux pour permettre des déplacements "à plat". Pour savoir si votre cage est assez grande, il est possible de se référer à la charte CARA, qui conseille un espace au sol de 18000cm² (avec étages) minimum pour deux octodons.
La reproduction de leur mode de déplacement naturel influe sur les problèmes comportementaux des rongeurs. Ainsi, il est important de ne pas créer une cage où l'octodon ne fera que grimper alors que cette espèce est habituée à de longs déplacements sur terre. L'octodon n'est pas similaire à un écureuil et l'aménagement des cages devrait prendre ce paramètre en compte.
Pour en savoir plus sur les types de cages adaptés et la charte CARA, veuillez vous référer à notre article : Cage & habitat de l’octodon.
Des cachettes en abondance
Certaines stéréotypies des rongeurs sont également liées à un manque de cachettes et d'abris dans l'habitat. Dans la nature, lorsqu'un octodon détecte un prédateur, il aura tendance à se figer puis à chercher un abri (terrier, buissons, ...) le plus rapidement possible. Il est important qu'en captivité, ce comportement puisse être reproduit en disposant des cachettes à plusieurs endroits de la cage.
L'arrêt des routines
Les indices annonçant le nourrissage peuvent accompagner une activité anticipatoire, parfois frustrante. Il ne suffit pas de changer chaque jour l’heure des repas et du coucher pour traiter une stéréotypie. Maintenez des soins fiables et un rythme jour-nuit régulier ; variez progressivement la présentation d’une partie de la ration et les activités, sans priver l’animal de nourriture ni réaménager sans cesse son territoire.
La mise en place de solutions palliatives
Certains problèmes de comportement, comme l'automutilation, peuvent également provenir d'un manque d'activité. Il est intéressant, lorsque certains octodons commencent à développer ces troubles, de proposer 1 roue par octodon et de nombreuses autres activités, pour voir si cela améliore le bien-être de l'animal.
Les enrichissements
Les enrichissements sont à proposer régulièrement aux octodons, pour maintenir leur curiosité et les occuper dans le temps. Une possibilité d’enrichissement alimentaire est de disperser une ration mesurée dans des zones propres, sans obligation de retirer toutes les gamelles pour cacher la nourriture partout dans la cage ou encore mettre en place des casse-tête (une feuille de papier froissée avec de la nourriture dedans, etc...) pour augmenter la durée des enrichissements. De manière générale, d'autres enrichissements peuvent être apportés, comme l'ajout d'éléments naturels temporaires (pots en terre, pierres, branches, etc...). La nourriture fraîche ou séchée entière (un pied de pissenlit, une branche complète de noisetier, ...) permet également d'apporter des nouveautés à l'octodon.
Sources
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